Contrairement aux idées reçues, la micro finance n'est pas seulement une problématique Nord-Sud. Le microcrédit, ça arrive aussi près de chez vous!
Depuis déjà 10 ans, il est possible pour des particuliers d’« épargner solidaire ». Des associations proposent d’investir cette épargne dans le secteur de la micro-finance : principe qui encourage l’initiative économique en prêtant de petites sommes à des créateurs d’entreprises exclus du système bancaire classique.
Le microcrédit se distingue de l’assistanat puisqu’il donne des outils aux nécessiteux pour se sortir euxmêmes de la pauvreté. Ces investissements sont relayés par des banques chargées de prospecter les projets nécessitant des micro-prêts.
Par exemple, l’organisation internationale Planète Finance lève des fonds privés, qui sont ensuite prêtés à des institutions de micro-finance locales, jouant le rôle de « banque des pauvres ». Aujourd’hui ce sont près de 150 millions de personnes qui sont bénéficiaires de microcrédits dans le monde.
Toutefois, la demande de micro-prêts ne se voit jamais satisfaite par une offre suffisante de liquidités. Or on sait que le manque de visibilité est souvent un frein au développement du prêt. C’est pourquoi l’organisation française Babyloan a récemment cherché à rendre ce processus moins opaque. Elle a donc créé une plateforme permettant aux particuliers de choisir directement le projet et la personne demandeuse de capitaux. Ils peuvent donc suivre l’évolution du projet et la manière dont l’argent prêté est utilisé. Plus transparent, ce système constitue une innovation en liant directement prêteur et emprunteur. On parle alors d’une relation « Peer to Peer », de particulier à particulier. Lancée par l’ancien banquier d’affaire Arnaud Poissonnier, Babyloan a connu un franc succès dès les premiers mois suivant sa création : il compte aujourd’hui environ 6 000 membres actifs et cumule 660 000 euros de prêts. Malheureusement cet échange solidaire n’est possible que dans une relation Nord / Sud. En effet un particulier français ne peut prêter à un compatriote micro-entrepreneur.
Or développer en France le microcrédit de particulier à particulier, c’est encourager la création d’entreprises et donc la création d’emplois. Dans le contexte actuel de crise, mettre en place un tel dispositif en France apparaît comme une nécessité et permettrait également de renforcer la cohésion sociale en suscitant l’entraide. Pour ce faire, Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des finances, a rédigé un projet de loi appelant à modifier l’article qui régit le crédit en France. Celui-ci vise à faciliter le financement des associations de microcrédit en permettant aux particuliers de réaliser des prêts directement pour des projets français. En effet la législation est trop restrictive : seule une institution bancaire est officiellement autorisée à accorder un microcrédit. Deuxièmement ce projet a pour but de faciliter le recours au microcrédit en simplifiant tous les impératifs administratifs qui y sont associés.
Troisièmement l’Etat souhaite informer d’avantage le public sur les initiatives prises par les banques dans le domaine du microcrédit afin d’en promouvoir les principes. Ceci est nécessaire dans la mesure où ce dernier est trop souvent ignoré par ceux qui en ont le plus besoin. Enfin il y aura des règles statistiques normalisées pour quantifier tout type d’activité de microcrédit en France. Les enjeux économiques sont énormes. Grâce au microcrédit, la France pourrait économiser près de 25 millions d’euros par an, selon l’Inspection Générale des Finances (IGF). En effet « le coût du microcrédit qui finance les entreprises en devenir est nettement inférieur au coût de l’inactivité qu’il permet d’éviter ». D’autre part développer le microcrédit et le promouvoir c’est encourager l’aide de proximité, l’initiative économique des plus démunis et leur visibilité. Leur présence sur internet leur permet d’obtenir des prêts autant que d’attirer de nouveaux clients.
Le microcrédit en Peer to Peer apparaît alors comme une nouvelle solution active contre la pauvreté et redonne à notre conception de la solidarité en France un nouvel élan.
Charles De la Boulaye
Romain Balmary
Article publié en mai 2010
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