dimanche 22 janvier 2012

La montée des risques dans le secteur de la micro finance

Première partie d'une série d'articles rédigés par des membres de l'association et publiés dans le Journal des Grandes Ecoles. Chaque publication offre un éclairage intéressant sur un enjeu de la micro finance.


Le début des années 2000 a vu se développer un intérêt quasi général pour la micro-finance et une intégration de cette technique financière dans de nombreux programmes de développement économique. Cet effet de mode a eu pour conséquence une multiplication des fonds alloués à la micro-finance. Parallèlement, on a pu assister à une diversification des services liés à la micro-finance : microcrédit collectif ou individuel, micro-assurance, aide aux transferts de fonds d’un pays à l’autre, épargne, etc.

Ce bouleversement a fait naître ou s’accroître divers risques liés à l’activité de micro-finance.

Tout d’abord, certaines institutions de micro-finance (IMF) sont poussées par leurs bailleurs de fonds (soutiens publics ou investisseurs privés) à devenir rentables rapidement. Elles sont alors tentées de délaisser leur cible initiale : les populations les plus pauvres, afin de se concentrer sur une population plus « rentable ». Ainsi, des paysans vivant dans des zones reculées se voient abandonnés au profit de personnes vivant en milieu urbain, car les coûts de prospection occasionnés sont bien moindres. Les IMF poussées à devenir rentables ont également tendance à multiplier les clients au risque de voir se multiplier les impayés et de s’écrouler. En résumé, il semble impossible pour les IMF de répondre au double objectif qui leur est assigné : objectif social de développement, et objectif commercial de rentabilité.

Micro entrepreneuse indienne
Par ailleurs, la surmédiatisation de certains modèles de micro-finance comme la Grameen Bank de Muhammad Yunus a fait naître des espoirs démesurés en matière de développement. On risque alors de voir les sources de financements se tarir quand l’opinion se rendra compte que le microcrédit n’est pas la solution miracle annoncée. Une enquête du CSFI, un thinktank basé à Londres, a par ailleurs mis en lumière d’autres risques affectant les IMF. Ainsi, la mauvaise qualité du management des IMF est considérée comme le risque le plus important : les IMF manquent de personnel formé aux techniques de la micro-finance, ou ayant même simplement des connaissances en gestion. Les IMF ont également tendance à être dirigées par des personnalités à fort charisme, mais à faibles connaissances en management. L’existence de réglementations contraires au développement de la micro-finance et l’ingérence politique sont également perçues comme des risques importants. Enfin, la concurrence croissante fait tendre le secteur vers une « érosion des normes », et donc une augmentation des risques liés au crédit.


Dans l’ensemble, manque de ressources humaines qualifiées, concurrence accrue et érosion des normes devraient mener à un renforcement de l’écart entre les IMF de grande taille et les petites IMF qui ne sont pas préparées à ces évolutions.


Quelles seraient alors les solutions à apporter contre ces nouveaux risques ? Plusieurs pistes se dégagent

Tout d’abord, les médias devraient arrêter de relayer l’idée selon laquelle la micro-finance est une solution miracle, et qu’elle est adaptée à tous les types de pauvreté. Les gouvernements doivent également arrêter de penser qu’en favorisant le développement de la micro-finance, ils peuvent s’exempter de dépenses importantes pour favoriser le développement. Une IMF ne pourra jamais pallier le manque d’infrastructures dans un village ! Des efforts doivent également être consentis par les bailleurs de fonds afin de favoriser une meilleure formation du personnel.

Enfin, il conviendrait de ne pas assigner un objectif de rentabilité à court terme aux IMF, et de changer leurs mécanismes d’évaluation. Ainsi, les IMF ne devraient pas être uniquement notées sur leurs performances économiques, mais également sur la sélection de leur clientèle et sur l’impact de leur activité sur la pauvreté.


Lénaic Guiader
Article publié en novembre 2010 dans le Journal des Grandes Ecoles

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