Résumé de la conférence "Babyloan tour" à l'EM LYON.
« Nous sommes un jour comme tant d’autres aux Philippines. Ce jour là pourtant sortira un peu de l’ordinaire pour une femme du bidon ville de Manille. Sa mère vient de décéder lui léguant toute sa « fortune ». Se pose alors pour elle un problème majeur : que faire de cette somme d’argent qu’elle ne souhaite pas garder chez elle pour des raisons de sécurité ? Lui vient a lors à l’esprit d’aller voir l’IMF locale pour se renseigner sur une démarche à suivre. Ate Zeny responsable du centre lui conseille de se rendre à la banque la plus proche et d’y déposer son héritage. Cette femme décide de suivre cette recommandation et se rend donc à la banque la plus proche. Cette histoire, banale de premier abord, aurait pu en rester là, si la responsable du centre de micro finance locale en rentrant chez elle n’avait pas trouvé cette femme, toujours assise devant la banque en possession de sa petite sacoche contenant tout son héritage. Ate Zeni lui demande donc quel est le problème. La femme lui explique le plus simplement du monde qu’elle attend que la banque vienne lui chercher son bien ». Ce comportement peut nous paraître à notre époque complètement incongrue. Cependant Arnaud poissonnier, co-fondateur de la plateforme de microcrédit Babyloan conclura cette anecdote en nous rappelant que 80% de la population mondiale actuelle n’est pas bancarisée, et donc par voie de conséquence dans la plus grande ignorance du fonctionnement du système bancaire traditionnel. De ces situations est née la micro finance, en répondant a une problématique très simple : comment permettre à cette population pauvre mais possédant une volonté entrepreneuriale d’accéder au crédit ?
Microcrédit : Origine
Aujourd’hui en France seulement 13% de la population en âge de travailler, se tourne vers la création d’entreprise, alors que la fibre entrepreneuriale représente 60% de la population des pays en voie de développement. Lors de la conférence le CEO de Babyloan énumère ces quelques chiffres clefs, permettant d’illustrer la situation actuelle de l’entreprenariat dans le monde .Cela permet aussi de mettre en évidence le fait que se retrouver en situation d’extrême pauvreté développe l’instinct de survie et l’envie de s’en sortir par soi même. Seul obstacle majeur pour cette majorité de la population, avoir un accès à des fonds.
Le microcrédit s’impose donc comme une solution alternative lorsque l’aide familiale est inexistence, que le système bancaire ferme ses portes à cette partie de la population et que les taux des prêts consentis par les usuriers frôlent l’inacceptable.
Concept et fonctionnement
La micro finance désigne l'ensemble des services financiers para bancaires de faible montant destinés à financer les exclus du système bancaire traditionnel (chômeurs, inactif, travailleurs pauvres...). La micro finance vise l'accès au financement de petits projets, portés par des personnes marginalisées qui aspirent à créer leur propre projet, souvent par défaut d'autres prospectives professionnelles et parce que l'accès aux sources traditionnelles s'avère impossible. Le prêt vise à financer la création et le développement d'entreprise. En général les opérateurs de microcrédit, plus communément appelés Instituts de micro finance (IMF) assurent souvent, mais pas toujours, un accompagnement et un suivi des projets de micro-entreprises financées. La solution du microcrédit consiste à prêter à ces pauvres mais collectivement d'une façon solidaire. Le prêt est octroyé à un individu qui appartient à un groupe de 4 ou 5 personnes. Le rôle du groupe consiste à assister l'emprunteur dans sa gestion de prêt, et de rembourser le prêt si l'emprunteur n'est en mesure de le faire lui-même.
Le microcrédit concerne aujourd'hui plus de 60 millions de personnes réparties sur les cinq continents, même si la plus grande part des souscripteurs se trouve en Asie
Mais au-delà du simple aspect financier, les programmes de microcrédit ont aussi un impact sur le développement local. En effet, ils touchent des secteurs aussi divers que l’agriculture, l'artisanat, le financement de l'économie sociale, …Ainsi, ils contribuent à l'amélioration de l'accès aux services sociaux de base et créer un cercle vertueux pour lequel toute une communauté peut bénéficier.
Enjeux
Souvent se pose une question : quel intérêt de mettre en place un tel système pour de si petites sommes, alors qu’un simple don provenant d’une ONG pourrait régler le problème ?
Le président de babyloan répondra à cette question de façon très simple : la dignité humaine.
L’action humanitaire est pour lui un système indispensable à mettre en place lors de cas d’urgence (tsunami, crise alimentaire,…) Seulement on reste dans ce cas là dans un modèle d’assistanat, où l’estime de soi est souvent mise à mal. De plus nous vivons à une époque où, le travail est considéré comme une valeur majeure. D’où l’importance et la pertinence du microcrédit dans le sens où il encourage les personnes à travailler au service de cette valeur. L’incitation au travail est à l’opposé des propositions alternatives de lutte contre la pauvreté telle l’allocation universelle, le RMI, le don,…
Ainsi en permettant aux personnes en situation de précarité de s’en sortir en devenant leur propre employeur, le microcrédit permet de gagner en estime de soi. La micro finance serait donc au service de la dignité humaine.
Ce nouveau système financier est souvent présenter comme une alternative « magique » au problème de la pauvreté dans le monde. Cependant comme tout système il présente des limites. Les deux principales affaires qui ébranlent le monde de la micro finance aujourd’hui sont : Le niveau des taux d’interets pratiqué sur les microcrédits et l’affaire des « suicidés » en Inde.
Débats et limites
Les taux d’intérêts
Le taux d’intérêt du microcrédit à l’heure actuelle se situe aux alentours de 26%. Ce taux peut nous sembler extrêmement élevé et complètement incompatible avec la mission sociale de la micro finance. Seulement plusieurs éléments sont à prendre en compte car ils justifient ce taux.
Premièrement les IMF doivent récolter de l’argent auprès de banques, institutions, … pour un taux proche du 12-13%, puisque les garanties sont quasiment inexistantes en ce qui concerne le remboursement.
Ensuite il ne faut pas oublier que le taux d’inflation dans les pays du tiers monde s’élève en général aux alentours de 10%.
De plus, même si de façon général les IMF sont réputées pour être financièrement stables ,leurs taux de remboursement se trouvant entre 95 et 97%, elle sont donc obligées de provisionner leur perte, ce qui augmente le coût de l’emprunt.
Enfin le coût de gestion d’une IMF est assez élevé dans le sens où celle-ci propose des services d’accompagnement, de formation,…que ne proposent pas les banques traditionnelles.
Pour être efficace les IMF doivent être pérennes, c’est à dire qu’elles doivent rentrer dans leur frais pour pouvoir continuer à exercer leurs activités. A l’heure actuelle 90% des IMF mondiales ne gagnent pas d’argent, leurs motivations sont extrêmement sociables.
Enfin dernier point à prendre en compte concernant les taux d’intérêt, c’est le fait que les micro-entrepreneurs empruntent généralement des sommes sur un cycle très court d’exploitation (environs 7- 8 mois) ce qui fait tomber le taux d’intérêt annuel à 15-16%.
Et il ne faut pas oublier que dans la majorité des cas contrairement à nos systèmes économiques, ces pays ne possèdent pas d’accumulation de charges telles que les salaires, impôts, charges sociales,…
Affaires de suicidés en Inde.
L’année 2010 a été difficile pour la micro finance indienne, mais aussi pour le monde de la micro finance en général. En effet suite à une vague de suicides d'emprunteuses dans la région d'Andhra Pradesh qui a le plus fort taux d'institutions de micro finance, le gouvernement local a promulgué une loi visant à condamner lourdement le "harcèlement" des agents de crédit envers les emprunteurs.
Depuis des années dans cette région du monde, le microcrédit est présenté comme un élément destiné à financer la création de micro-entreprises par des familles pauvres. Des recherches approfondies sur l'utilisation du crédit et le mode de gestion de ces crédits, ont mis en évidence que près de huit prêts sur dix sont utilisés comme crédits à la consommation, pour des dépenses de santé, pour l'habitat ou pour des dépenses d'éducation. Il est indéniable que ces affectations sont utiles voire cruciales pour ces familles. Mais elles ne génèrent pas les ressources qui permettraient de rembourser les prêts. Cette facilité de crédit offerte et officieusement tolérée par les agents de crédit payés en fonction du nombre de crédits placés pousse les familles à s’endetter. Arrive un moment où le surendettement n’est plus supportable et pousse certaine personnes à se suicider afin de fuir des responsabilités qu’elles ne pourront assumer.
Et Babyloan dans tout ça ?
Théorie de l’Océan Bleu
Né en 2008, en pleine crise économique Babyloan se définit comme une entreprise sociale innovante. Arnaud Poissonnier utilisera la métaphore de « l’océan bleu », pour nous expliquer le positionnement de Babyloan dans le monde économique. Cette théorie consiste à encourager les entreprises à créer leur propre marché (l'Océan bleu) plutôt que de se battre pour des micro-parts de marché dans des marchés matures et hyperconcurrentiels (l'Océan rouge du sang de la bagarre). Dans ce cas, Babyloan se trouve dans un univers absolument pas concurrentiel, puisque qu’ils sont les précurseurs du Peer to Peer dans l’univers de l’humanitaire en Europe.
Missions
-Le rôle du grand public pour une micro finance solidaire
La principale mission de Babyloan est d’aider le micro entrepreneur en situation de grande précarité à bénéficier des meilleures conditions d’emprunt et de réalisation de leurs projets.
Cela est permis grâce à l’émergence d’un nouvel acteur dans le paysage de la micro finance : le grand public. Le profil philanthropique des babyloniens permet de refinancer des petites et moyennes IMF à l’impact social fort auprès de leurs bénéficiaires.
-Accompagnement et impact social auprès des partenaires de terrain
Babyloan a mis au point un outil d’évaluation d’impact social sur les bénéficiaires. Cette évaluation est basée sur 4 axes : situation économique, conditions sanitaires, niveau d’éducation et condition d’habitation. L’objectif de cette évaluation est double : apporter des informations aux internautes quant à l’impact de leur prêts et sensibiliser les IMF à l’utilisation d’outils d’impact social afin d’améliorer leur performance sociale.
-la sensibilisation du grand public aux nouvelles solidarités
Babyloan attache beaucoup d’importance à la sensibilisation du grand public, puisque ce sont eux les acteurs de demain, aux enjeux des nouvelles formes de solidarités. Cette sensibilisation se fait via internet, forums, conférences et groupes de travail.
Chiffre clefs :
Babyloan c’est 8072 membres, qui ont financé 4388 projets autour du monde, dont les femmes sont les premières bénéficiaires à 83%. En 4 ans d’existence Babyloan a prêté 1.300.000 Euros et tous les prêts ont été remboursés à 100%
Manon Boillot
manon-boillot@edu.em-lyon.com
Manon Boillot
manon-boillot@edu.em-lyon.com

